Monéo, l’envers du décor !
Article paru dans l'Autre-ment numéro 6, en mars 2008.
Monéo, l’envers du décor !
Depuis la rentrée dernière, les étudiants de Paris XIII disposent de la carte Moneo, censée faciliter les paiements (cafétéria, resto U, bientôt les photocopieuses, etç) au sein de l’Université. Elle a pris la place du bon vieux bristol, nickel dans son écrin plastifié et savamment rangé dans le portefeuille, ou de l’innommable fafiot en charpie dans la poche revolver. Le système Moneo avait été lancé (mais qui s’en souvient encore ?) en 1998 par une impressionnante armada publicitaire, annonçant rien moins qu’une petite révolution dans nos habitudes de consommation. En attendant, il avait surtout découragé les ménagères, très attachées à leur porte-monnaie. Sic transit gloria mundi ; il avait aussitôt rejoint les Bip-Bop, les start-up et autres Tamagochi au rayon des plus grands échecs commerciaux de l’histoire. Il paraît même que le “créatif”, inventeur de ce machin, avait été muté au guichet d’une agence des Deux-Sèvres, afin d’expier le fiasco.
Et voilà que, dix ans plus tard, le Moneo fait son retour dans notre vie. A-t-il changé ? Non. L’a-t-on modernisé ?? Que nenni. S’est-il développé, amélioré, rendu indispensable ?!? Non, vous dis-je. Pourtant, Moneo est bien là, imposé par l’administration, au mépris de la logique et de la volonté générale. Voilà exactement révélées les grosses ficelles de la révolution néo-libérale qui n’aura même pas épargné l’université.
Reprenons. Le Moneo est un produit commercial, passé au crible du marché et unanimement rejeté par les consommateurs. Mais allez donc éjecter les banquiers et les publicitaires par la porte ; ils repasseront toujours par la fenêtre. Le dernier degré de l’abrutissement consumériste dans notre société avachie nous laissait encore la pseudo-liberté de choisir ce qu’on avait besoin d’acheter. Avec l’installation (et bientôt le monopole) de Moneo, décidée dans le dos des étudiants, le CROUS et les Oberstumführer de presque toutes les facs du coin ont tout simplement vendu aux banques le contenu de notre porte-monnaie. Celles-ci peuvent dorénavant prélever leur pécule sur chaque sandwich acheté. Voilà comment avec un gadget, on arrive à transformer les étudiants en bonnes petites fourmis ouvrières pour le compte de banques, les mêmes qui refusent le moindre coup de pouce au motif qu’on est…étudiant, précisément.
A ce stade (terminal) de la réflexion, on est amené à conclure ceci. Primo, il n’y a pas que le café guatémaltèque qui a besoin des règles du commerce équitable. Secondo, l’histoire de Moneo à Paris XIII, c’est très exactement celle du néo-libéralisme en France ; une doctrine qui prétend incarner ce qui est moderne (rassurez-vous, les informations contenues dans la puce-mouchard ne seront pas perdues pour tout le monde…), si totalement contraire aux intérêts des “consommateurs” (Nota bene pour l’administration du Crous : vous voulez faciliter les paiements ? N’hésitez surtout pas à baisser les prix !!) et qui prône les vertus de la Démocratie tout en transgressant ses règles.
Bertrand Cantal
Actualisation 04 janvier 2013 :
Un article de bilan sur moneo a la fac de Aix-Marseilles :