Violences policières au sein de l’université Paris 8 le 11/02/2013 pendant la visite de François Hollande aux Archives Nationales

Publié le par Journal L'Autre-ment

Alors que le Président de la République, François Hollande, venait inaugurer le nouveau site des Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine, une vingtaine d’étudiant-e-s sans-papiers ont tenté de déployer deux banderoles sur le restaurant universitaire situé au sein de l’université Paris 8, devant les nouvelles Archives. Sur ces banderoles on pouvait lire la revendication « Régularisation de tous les étudiants sans-papiers ». Avant même que les étudiant-e-s aient fini de les déployer, une vingtaine d'agents de la BAC, et divers policiers en civil issus de la garde rapprochée de François Hollande les ont violemment chargé-es, avant d'en poursuivre une partie dans le restaurant universitaire, pour ensuite les séquestré-es pendant plus de deux heures dans le hall du bâtiment du Crous. Des gendarmes mobiles ont même bloqué pendant une demi-heure tous les accès de l’université alors que quelques centaines d’étudiant-e-s s’étaient rassemblé-e-s pour protester contre cette intrusion. Un Président proche de la jeunesse et qui aime l'échange intellectuel avec les étudiant-e-s !

 

François Hollande déclarait le jour-même à la presse son "refus d'enfermer l'Histoire, de la figer, de la centraliser pour parfois essayer de la contrôler"1. Pendant ce temps, sa police n’hésitait pas à nous enfermer et à nous empêcher d’accrocher une malheureuse banderole qui n’aurait surement pas perturbé sa visite en grande pompe. Les agents de la BAC, cette police en civil si prompte à faire usage de la force dans les quartiers populaires, ont eux pris soin d'arracher les banderoles des mains des sans-papiers.

 

A quoi jouent le Président dit « socialiste » français et son gouvernement ? Depuis des mois en France, de nombreux collectifs de sans-papiers tentent de se faire entendre sans succès, alors que la gauche vient de battre le triste record des expulsions de la droite pour l’année 2012. Faut-il rappeler au PS que son homologue socialiste espagnol, le PSOE, sous l’ère de Zapatero, en 2005, a régularisé près de 690 000 sans-papiers, un an après sa prise de pouvoir. Faut-il aussi lui remémorer que cette régularisation globale s’est effectuée, toujours la même année, au moment où le parti socialiste espagnol légalisait le mariage homosexuel ? François Hollande s’intéresse-t-il à l’Histoire, et aux principes que mettent parfois en œuvre des socialistes en Europe, lorsqu’ils se préoccupent de la dignité humaine ? Ou est-t-il simplement préoccupé, comme le montre quotidiennement son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, par le maintien spectaculaire de la même politique raciste de stigmatisation et d’expulsion des sans-papiers que sous Sarkozy? Nous disons au PS, et au fils d’immigrés espagnols Valls : ayez le courage de faire ce qu’a fait le gouvernement espagnol en 2005. Prenez la mesure du projet de réforme de l'immigration qui prévoit de régulariser près de 11 millions de sans-papiers aux Etats-Unis. Régularisez tout le monde ! Et cessez d’imiter la politique de la droite, gagnée par les idées d’extrême droite, qui mise tout sur la stigmatisation des immigré-e-s pour des raisons bassement électorales.

 

Quant à Danielle Tartakowsky, la Présidente de l’université, elle ne s’est bien sûr pas opposée à la pénétration des forces de l’ordre dans Paris 8, alors que la police devait passer par son accord pour le faire. Cette grande historienne de la gauche et des mouvements ouvriers a prouvé que cette Histoire était effectivement, pour elle, « figée » dans ses lourds grimoires pompeux. Elle prouvait que les principes de papiers dont elle s’est faite la spécialiste ne valaient rien devant le pouvoir, à l’image de tous ces tristes intellectuels bureaucrates dit « de gauche » qui se couchent devant l’autorité. Nous dénonçons également le comportement tout aussi docile et collaborateur de la direction du Crous et du responsable de la sécurité de Paris 8, qui ont travaillé main dans la main avec les forces de l'ordre pour faciliter la répression des étudiant-e-s. 

 

Des gendarmes mobiles qui bloquent une fac, la BAC et la garde rapprochée de Hollande qui séquestrent des étudiant-e-s et arrachent les banderoles des mains des sans-papiers, au sein même de l'espace universitaire, ce n’est pas acceptable sous un gouvernement qui se prétend de gauche. A François Hollande qui parle de la nécessité d’un nouveau bâtiment pour les Archives Nationales "sinon c'est une perte d'explication et de mémoire", nous voudrions des explications sur sa considération de la mémoire de l’immigration en France, et sur la dérive droitière de la loi en France depuis une trentaine d’année. A-t-il oublié que la gauche française a défendu d’autres principes avant de laisser le terrain libre aux Besson, Hortefeux, et avant eux Balladur, Pasqua et leurs lois racistes ?

 

Comment des femmes et des hommes de gauche peuvent laisser des travailleur-euse-s étranger-e-s en situation irrégulière sur le sol français, alors même qu’ils et elles payent leurs impôts, cotisent pour la sécurité sociale sans jamais la toucher, cotisent pour les caisses de retraites sans jamais en bénéficier… Comment le PS, qui a prétendu rompre avec le discours raciste de Sarkozy avant les élections, peut encore à l’heure actuelle laisser des milliers d’étudiant-e-s étranger-e-s se rendre dans leurs universités en situation illégale, avec le risque quotidien de se faire arrêter et expulser ? Est-ce que la gauche française va continuer à organiser le racket d'État envers les sans-papiers, ou va-t-on avoir droit à un sursaut de conscience ?

 

Nous réaffirmons la liberté de circulation et la régularisation de tous les sans-papiers. Et dans ce sens nous rappelons les actes qui ont pu caractériser l’Histoire de la gauche. Hollande et son gouvernement sont-ils du côté  des socialistes qui participaient à la guerre d’Algérie, ou de ceux qui se battaient contre le colonialisme et pour de vrais idéaux humanistes. L’Histoire rattrapera aussi les socialistes de notre époque, comme ceux des époques précédentes, qu’ils mettent cette réalité des faits sociaux dans un coin de leur mémoire.

 

Régularisation de tous les sans-papiers, maintenant !

 

Collectif des étudiant-e-s étranger-e-s de l’Université Paris 8

 

Publié dans Université-Ecole

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