SARKAFRIC

Publié le par Journal L'Autre-ment

- Publié dans L'Autre-ment numéro 4              Novembre 2007             

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Un article écrit suite au discours du colon Sarkozy à Dakar. C'est paru en 2007 dans le numéro 4.

Lisez aussi en p14 du dernier numero, le dialogue entre Sarkozy et Malcom X, "Montrez moi le capitaliste je vous montrerai le vampire", qui fait écho à ce discours.

 

 

SARKAFRIC

 

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        En matière de diplomatie, le premier discours d’un Président français en Afrique, c’est un peu comme la leçon inaugurale d’un professeur au Collège de France ou la tenue que porte votre flirt au premier rendez-vous : que ce soit prometteur ou qu’on soit parti pour se faire chier, on devine vite à quoi on a affaire.

 

      Voilà donc Monsieur Sarkozy, invité fin juillet à l’Université Cheickh Anta Diop de Dakar à livrer le fruit de ses profondes réflexions sur l’avenir de la coopération entre la France et la « pompe-Afrique ». Et malheureusement, aucune angine blanche ou chocolat ne l’a empêché de le faire. Ecrit par la “plume” du Président, Henri Guaino, ce discours est un objet bizarre, un défi au bon sens, une sorte de boule de fer et de feu contre tout ce qui peut représenter l’intelligence et la compréhension du monde. Mais tout le monde n’a pas pu lire ce message et il faut que nos précieux lecteurs sachent de quoi est faite la pensée présidentielle, si toutefois ils sont capables de descendre aussi bas.

 

       Tout d’abord, avant d’être du point de vue politique, un vrai torchon, cette allocution est un scandale littéraire, une insulte au style français, une véritable « racaillerie » contre la syntaxe : bref, une boue verbale dont l’éloquence française ne devrait jamais se remettre. Mais nom de Dieu de nom de foutre, qu’est-ce que cette équipe peut bien avoir dans la tête pour infliger 593 répétitions ou anaphores à ces Sénégalais qui ne leur avaient pourtant rien fait de mal ?!? C’est le tam-tam qui l’inspire ? Ou bien « le bruit du marteau-piqueur » ?

 

       En gros, ce discours n’a servi qu’à étaler les clichés les plus ridicules et bien-pensants sur la prétendue « âme africaine », puis des phrases plan-plan sur « les Africains si différents les uns des autres » (quel scoop !). Servis par des symboles éculés sur le paysan africain, ces poncifs nous montrent que la France s’est dotée d’un Président à peu près aussi ignorant que W. Bush sur les questions étrangères. Ce que Sarkozy connaît, c’est notre pays. Et il a compris l’intérêt électoral que peut avoir ce nouveau concept qui fait frissonner le bouseux : la diversité. Pendant son ascension, il a réussi à faire croire qu’un seul Noir à peu près analphabète (comme un Roselmack) pouvait illustrer bien mieux son “ambition” pour les minorités que les millions de laissés-pour-compte que sa politique a créés ou poussés un peu plus loin dans l’exclusion. C’est la raison pour laquelle le discours de Dakar est marqué par une écœurante démagogie (« Trop de guerre en Afrique, trop de famine »).

 

       Et puis, comme d’habitude avec Sarkozy, la minute polémique. Elle vient d’une phrase qui en dit long sur la droite décomplexée : « L’Afrique n’a pas su entrer dans le progrès ». On peut imaginer l’effet produit sur l’assistance par ce genre de provocation. L’insulte a été durement ressentie en Afrique, où de nombreux intellectuels ont réagi (j’encourage la lecture de M. Achille Mbembe sur ce sujet et sur tous les autres) contre ces propos méprisants, d’une telle bassesse qu’ils déshonorent le peuple qui a pu choisir cette ligne politique, à mi-chemin entre les néos-cons de Washington et Vichy, pour le représenter. Peut-on imaginer W Bush s’inviter à Paris pour dire que la France n’avait pas su entrer dans la mondialisation ? Si la France a su entrer dans la civilisation puis la mondialisation, n’est-ce pas grâce au pillage des ressources du continent noir ?

 

 

      Mais je laisse le soin de l’analyse de ce discours à tous nos lecteurs, qu’elle que soit leur couleur. Les énormités du couple Guaino-Sarkozy ont tout de même du bon ; si l’amitié franco-sénégalaise a pris du plomb dans l’aile, on peut cependant être heureux d’apprendre que Sarkozy s’est au moins réconcilié avec l’alcool. Il est juste passé de la vodka au vin de palme.

 

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Article : Bertrand Cantal

Photo : Collage, SeanHart,

La Goutte d'or, Printemps 2010

 

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