La Girouette syndicale

Publié le par Journal L'Autre-ment

Article publié dans l'Autre-ment numéro 5 en janvier 2008.

 

   Un retour sur l'attitude du syndicat Unef pendant le mouvement étudiant de l'automne 2007 et les greves contre la loi dite "d'autonomie", la privatisation des universités et l'augmentation de la sélection sociale.

Trahisons, mensonges, manipulations, compromissions avec le pouvoir, etc...

 

La girouette syndicale

 

   Lorsque la loi sur l’autonomie des universités est adoptée en catimini pendant l’été, l’Unef est discrètement satisfait. Le syndicat a « négocié » avec Pécresse, la ministre de l’enseignement supérieur, et a obtenu des garanties : la sélection à l’entrée de la fac ne sera pas instituée, et les frais d’inscription n’augmenteront pas.

   A y regarder de plus près, ces « concessions » de la ministre ressemblent plus à une pure machination qu’à des négociations. Le gouvernement actuel manquerait d’expérience et d’habilité au point de servir sur un plateau ces deux bombes sociales aux étudiants pour la rentrée... ? Déjà très échaudées par l’élection récente du président, les masses populaires auraient plus que probablement contesté dès la rentrée ces deux points on ne peut plus injustes en terme d’accès démocratique aux études supérieures. Le scénario paraît drôlement bien orchestré : le gouvernement « propose » d’évincer ces éléments ; l’Unef a magnifiquement négocié…

 

julliard pécresse

 

   Bref, l’été passe, Juilliard (ex président de l’Unef) et ses sbires partent en vacances satisfaits, et convaincus qu’il n’y aura pas de mouvement à la rentrée, puisqu’ils pensent être les seuls à pouvoir lancer une lutte étudiante… Mais voilà, l’élection récente du nouveau président reste en travers de la gorge de nombreux étudiants, pour lesquels une élection démocratique ne permet pas tout, d’autant plus lorsqu’elle consacre au plus haut rang de l’Etat une personne qui a dû siphonner la moitié du Front National pour être élue, et que son gouvernement annonce clairement l’accélération d’une politique au service exclusivement du capital. L’Université n’échappe pas à la fronde libérale. Malgré les « garanties » obtenues cet été, la loi propose en effet une restructuration du fonctionnement de l’université en profondeur, mettant gravement en cause les fondements publics et égalitaires de l’enseignement supérieur.


   Dès le mois d’octobre, des assemblées générales se tiennent dans de nombreuses facs de tout l’hexagone. Les informations circulent. Les dangers de cette réforme achevant une Université publique et démocratique à l’agonie sont identifiés. Le mouvement de grève fait rapidement tâche d’huile. En opportuniste clairvoyant, leur bureau national analyse la situation et juge alors indispensable de se raccrocher au mouvement, ou de le développer localement là où l’agitation reste minime. Après avoir laisser un peu de suspens, ou plutôt après avoir encore attendu le moment où il n’y avait plus de doute sur la « prise »  d’un mouvement d’envergure, la direction du syndicat appelle officiellement à se mettre en grève. Après l’idylle fusionnelle de cet été, Julliard se rebiffe contre le gouvernement qui « n’aurait pas tenu ses promesses » (sans jamais bien sûr plus de précisions).

 

   Ainsi commence la danse hypocrite de l’Unef, rythmée par une volonté d’avoir une place dans le mouvement, mais sans trop froisser le gouvernement. Alors que la principale revendication des étudiants grévistes est l’abrogation d’une loi qui est effectivement dangereuse dans sa globalité et dans son idéologie, Julliard oscillera sans cesse entre appel à la grève et appel du pied à Pecresse pour des éventuelles modifications de la loi. En somme, l’Unef, plus que jamais réformiste, souhaite réformer la réforme. Une position de girouette à peine abordée par les médias qui se font un plaisir –réciproque d’ailleurs-, comme lors de la mobilisation contre la Loi sur l’égalité des chances et le CPE, de surmédiatiser le leader unéfien avec sa bonne tête du bourgeois de gauche politiquement correct plein d’avenir devant lui.

 

   Dans le mouvement, on interpelle largement l’Unef, demandant que la tête du syndicat se positionne clairement. L’exaspération monte progressivement, tandis que leur dirigeant continue à faire le beau dans les médias. Un énervement d’autant plus profond qu’il s’approprie sans état d’âme un mouvement que son syndicat est bien loin de représenter. D’une part, l’Unef est ultra minoritaire dans la plupart des AG. D’autre part beaucoup d’unéfiens militent en freinant des deux pieds en avant et « adoucissent » le mouvement, afin de réaliser la prophétie des membres du bureau national affirmant en politiciens experts et devins que le rapport de force à établir pour obtenir le retrait de la loi n’est pas envisageable. L’énervement devient ensuite définitivement viscéral lorsqu’on apprend que Julliard s’en va négocier dans le dos du mouvement avec Pécresse, le 22 novembre. L’Unef recolle à nouveau avec le gouvernement, se déclarant tout à fait satisfait des nouvelles propositions de la ministre. Á nouveau, il s’agit seulement de quelques garanties, dont celle déjà formulées cet été sur l’absence de sélection à l’entrée de l’université. Ces garanties seront accompagnées d’une somme d’argent destinée notamment à… « accompagner la mise en place de la réforme » ! Précisons qu’une partie de l’argent proviendra de la privatisation de 3% d’EDF, ce qui n’a pas l’air de déranger l’Unef, et que cette enveloppe budgétaire faisait partie d’une des promesses de Sarkozy formulée lors de la campagne présidentielle…

 

   Mais surtout, la loi reste applicable en l’état. Ainsi, le 27 novembre, l’Unef, « en raison des avancées obtenues par les étudiants », appelle par l’intermédiaire de son porte parole plus jaune que jamais, « à la suspension de la grève sous sa forme actuelle ». Une injonction totalement illégitime et déplacée qui va totalement à l’encontre de la coordination nationale étudiante, seule instance représentative des étudiants.

 

   Après avoir zappé la grève étudiante pendant près de quinze jours, les médias se font alors un malin plaisir de titrer unanimement la fin de la lutte contre la loi Pécresse, les étudiants étant « satisfaits des négociations »… Alors que plus de cinquante universités sont encore sérieusement mobilisées. 

 

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   Du point de vue des facs, l’Unef est pris en flagrant délit de traîtrise, et se « grille » dans son rôle institutionnel, cette fois-ci au-delà du monde militant. Les AG deviennent alors momentanément des lieux de condamnation de ce syndicat. Les « militants » de l’Unef se rendent plus ridicules que jamais, en tentant de justifier leur satisfaction et leur décision de stopper le mouvement. Les mises au point sont sans appel. Hués, conspués, et démontés dans leurs argumentaires standardisés et robotisés comme à leur habitude, ces suppôts de l’institution quittent progressivement les AG tête baissée. Et quel plaisir de voir des étudiants encartés naïvement à la rentrée (on connaît leurs techniques de racolage actif des débuts d’année pour faire leur chiffre : adhérez et vous aurez droit à des sandwichs et à des photocopies moins chers !) déchirer leur carte en AG !

 

   La suite n’en est pas moins abjecte. Conscients de l’image sérieusement écornée de leur syndicat, les unéfiens montent au créneau pour tenter de redorer leur blason bien terni. Ils poursuivent, à peine honteux, la distribution de tracts frappés du titre « la mobilisation étudiante paye », juxtaposé à leur logo puant, et insistent dans leurs appels à stopper un mouvement qui se poursuit malgré tout. Non seulement, ils se retirent du mouvement, avec toutes les conséquences que cela a pu avoir médiatiquement, mais en plus ils invitent les étudiants à ne plus manifester. Un travail de sape rien de moins. Un travail uniquement au service d’une étiquette, et de leurs dirigeants. Au passage, Julliard démissionnera quelques jours après sa copulation bureaucrade-tique avec le gouvernement afin de s’investir dans les élections municipales à Paris, sous l’étiquette PS…

 

   Décidément, ce syndicat reste infréquentable. Sous prétexte d’avoir encore quatre années et demi (minimum) à tirer avec Sarko, il s’agissait de ne pas le froisser d’entrée. Mais ce fléchissement syndical, aussi bas que les escarpins de la ministre, toute langue dehors, est surtout une pure illustration du « pragmatisme » de ce type de syndicat dès lors qu’un changement radical de société se profile. Tout comme le reste des « forces » syndicales et politiques de ce pays, personne ne s’oppose réellement, de peur de ne plus pouvoir croquer sa part ou de ne plus avoir sa place…

 

Qui d’autre que les étudiants pouvaient prétendre pouvoir s’opposer à la politique dévastatrice du gouvernement Sarko ? Tout le monde avait la conviction de la nécessité de cette lutte et de la gravité de l’attaque à l’encontre de l’enseignement supérieur public, et personne n’avait peur. Sauf l’Unef. Une peur bien stratégique.

Puisse ce syndicat continuer à s’autodétruire (sinon on l’y aidera)…

    

Ce syndicat bien moins « au service des étudiants », qu’au service de quelques carriéristes faisant leurs galops d’essai.

Ce syndicat qui va manger dans la main du gouvernement de Sarko.

Ce syndicat qui ne dit pas son nom.

Ce syndicat jaune fluo.

 

                                               S.L.

 

 unef jaune-copie-1 

 

Publié dans Université-Ecole

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