Festival étudiant contre le racisme : l'Unef réinvente l'expo coloniale

Publié le par Journal L'Autre-ment

Article parus en juin 2009 dans le numéro 9 de l'Autre-ment

 

L’Unef reinvente l’expo coloniale

 


 

y'a bon colonisation

 

 

J’adorerais mettre la main sur l’étron encarté, le trois fois satanique inventeur de l’écœurant « Festival contre le racisme », organisé il y a peu par l’UNEF, entre autres.

 

Rien que le nom m’amuse : mettre sur pied une gaudriole, une pantalonnade à ciel ouvert pendant une semaine pour combattre la gangrène xénophobe, trente ans (déjà…) de lépenisation des cerveaux et des comportements, cinq siècles de mensonges et d’exploitation coloniaux et des préjugés vieux comme homo sapiens. C’est bien connu que les Africains ont gagné l’émancipation au jeu de lancer de nains à la Grande Quinzaine du Manioc ou bien que Mandela a arraché l’abolition de l’apartheid en faisant un triomphe sur la scène de l’ONU quand il a raconté l’histoire du travelo qui en a trois.

 

Mais passons sur le titre pour en venir au contenu : la joyeuse semaine des Martin Luther King en peau-de-zob s’articulait autour de la dégustation quotidienne de différents plats (spaghetti, couscous, boudin…) censés représenter l’apport indiscutable au progrès des nations que sont les traditions gastronomiques autochtones et la folle diversité des menus qui germent dans l’esprit bariolé des ménagères du Sahel ou de Katmandou, merde quoi… Cette prétention qu’ont les tenants de l’antiracisme en apéricubes à nous prendre pour des imbéciles a quelque chose d’indigeste. Regardez un peu à quoi vous en êtes réduits : une bouchée pour les Sénégalais, une autre pour les Maghrébins, hasta la revolucion et tirez la chasse ! Des millénaires de haine et de génocides vont prendre fin dans le chaudron magique de l’UNEF ; les peuples enfin unis se lèveront de table avec la certitude que leurs querelles sont oubliées et roteront de concert pour des lendemains qui chantent. Et ça fait des grands sluuuuurp…

 

C’est à toi que je m’adresse, toi l’incommensurable veau marin qui écrase en ce moment de ta pesanteur bureaucratique le siège de la commission « Activités culturelles » au sein de l’Unef, toi qui ravale Senghor et Ben Jelloun au rang de Maïté de l’antiracisme estampillé « United Colors of Bande de Cons ». Je ne veux pas salir l’UNEF plus que tu ne le fais déjà, ni lancer la suspicion sur les profits qu’elle tire de cette abominable kermesse, mais plutôt t’inviter à penser à ceci : à l’heure où les étrangers et les victimes de la xénophobie dans leur ensemble commencent à faire valoir qu’ils ne sont pas juste bons à faire du rap d’usine ou à perdre des finales de Coupe du Monde, à quoi ça rime d’organiser une « rap battle » et un match de foot, même pour la bonne cause ?

 

Pour ma part, tant que continuera ce militantisme en fiche cuisine, je saurai me prémunir contre le cholestérol en n’allant pas bouffer chez toi.

 

Bertrand Cantal

 

 

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