Chaire à canon ou chaire à patron?

Publié le par Journal L'Autre-ment

Article paru dans l'Autre-ment numéro 8 en Novembre 2008.

 

Chaire à canon

ou chaire à Patrons ?

 

 

Le jeudi 16 octobre, se tenait « entre les murs » de l’Université de Villetaneuse le « Forum des Entreprises ». Il était inauguré par la conférence donnée par M Riboud, pédégé de Danone. Son discours sur l’égalité des chances (de la part d’un fils à papa, c’est beau comme La Flûte Enchantée dans la bouche de Stallone) ne lésinait pas sur les compliments hypocrites à destination des banlieusards, parés tout d’un coup de toutes les vertus cardinales sauf, mais c’est un détail, de la plus importante : l’employabilité. En prime, les étudiants émerveillés de regarder 6 milliards d’Euros dans les yeux eurent droit à une envolée contre les élites des grandes écoles (les mêmes que Danone gave de subventions…) et, clou du spectacle, le tomber de la veste pour faire jeune, dans un style ambigu entre JFK et Alain Madelin. Le ban et l’arrière-ban de Paris XIII, à commencer par le docteur Salzmann (président de l’Université Paris 13), n’a vu que du feu dans cette opération de communication siglée MEDEF.

 

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C’est alors que nos huiles, repues d’autosatisfaction (« c’est pas tous les jours qu’on peut faire venir un milliardaire dans notre fac remplie de boursiers ! »), s’en sont allé chercher des nourritures plus terrestres, laissant les étudiants se dépatouiller dans le fameux Forum des Entreprises. Et c’est dommage. Ils ont raté l’occasion de se voir administrer la plus formidable preuve de l’incurie, de l’échec, de l’inutilité fondamentale des bureaucrates. En effet, parmi les entreprises présentes pour racoler les étudiants, se trouvait la plus glorieuse, la plus ancestrale, la plus gâteuse de toutes nos multinationales : l’Armée Française ! De terre ou de l’air, je ne sais plus trop, mais puants comme la bouse et cons comme la lune, ça sûrement ! Dans un lieu où on se démène pour apprendre la concrétisation (et pas la professionnalisation, nuance…) des savoirs, où l’on apprend à mieux connaître le monde pour éviter plus tard à nos enfants et aux voisins de nos enfants de trancher les débats philosophiques ou religieux à coup d’embargos ou de génocides, voilà que se pointent les viandards.

 

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Toujours aussi patauds et incongrus dans un endroit non préalablement napalmisé et, horreur, rempli de livres, les pious-pious tentaient de convaincre les étudiants de partir pour la prochaine, avec leur débectant adage « L’armée a fait de nous des hommes », sans penser que même en vivant toutes les années qu’ils ont retranchées à leurs malheureuses victimes, ils n’atteindraient jamais ce stade de l’évolution. Une bonne fois pour toutes, non, l’armée n’est pas un débouché, et surtout pas pour les étudiants. Un militaire me rétorquera qu’il s’agit là d’une honteuse propagande woodstockienne ; on peut se laisser aller des faiblesses de toutes natures (entre copains de chambrée, hein…) mais surtout pas au pacifisme. D’ailleurs, je dois avouer que la file d’étudiants devant la stalle des soldats me donnait tort. Seulement, ma défaite est-elle réellement une victoire pour l’administration de Paris XIII ? M Salzmann a-t-il la préoccupation d’offrir les meilleures conditions d’études à ses étudiants (dans une situation moins que facile, il faut le reconnaître), de travailler à faire prospérer le système éducatif  pour le bien de la majorité, ou cherche-t-il à contribuer à l’effort de guerre impérialiste en Afghanistan ? Quel est son rôle ? Quelles sont les limites de sa conscience ? Attention, je ne mets personne à l’index et je n’ai pas la prétention de dicter ma morale à qui que ce soit. Mais un étudiant a bien le droit de se demander si le rôle d’un des acteurs du service public (surtout dans un département où il est si mal rendu) consiste à alimenter les casernes ou les chapelles ardentes sous le fallacieux prétexte que c’est bon pour la croissance et l’insertion professionnelle.


Monsieur le Président, nous vous faisons un article que vous lirez peut-être etç.

 

Bertrand Cantal

 


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