2010 : Expulsion du plus ancien camp rrom de france : le Hanul est tombé.

Publié le par Journal L'Autre-ment

 

 

Article paru dans le numéro 1.0 de l'AutreMent en Aout 2010
EXPULSION DU PLUS ANCIEN CAMP RROM DE FRANCE :
LE HANUL EST TOMBÉ.

 

    Le quartier du Hanul n’est plus qu’un champ de ruine depuis le 8 juillet dernier. Sur ordre du préfet de la Seine-Saint-Denis, les forces de l’ordre ont expulsé les 170 habitants du plus ancien campement rrom de France. Les bulldozers ont fait le reste.

 

    Certaines familles rroms y étaient installées depuis 10 ans. Le Hanul était devenu un quartier de Saint-Denis. Jusqu’au 8 juillet dernier, où CRS, bulldozers et autres huissiers sont passés par là, pour expulser au petit matin les 170 habitants du quartier et pulvériser leurs maisons de fortune. Avec comme d’habitude, les mêmes scènes de violence, le même mépris des forces de l’ordre, la même souffrance insoutenable, racontés par les ex-habitants du Hanul et la vingtaine de personnes venue en soutien lors de l’opération.

 

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    La menace d’expulsion planait depuis avril 2010. Le nouveau préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert, a préféré attendre la fin de l’année scolaire, sans doute pour éviter une mobilisation des écoles dyonisiennes où sont scolarisés près d’une trentaine d’enfants du Hanul. Nommé par Sarkozy, cet ancien du Raid et des CRS s’est vanté à plusieurs reprises de vouloir chasser les Rroms du département. L’expulsion du Hanul fait partie d’une longue série entamée dès son entrée en fonction, en avril 2010. A cela près que ce dernier coup d’éclat est plus que symbolique : le Hanul était le plus ancien et l’un des plus importants campements rroms de France. Le plus reconnu aussi, au niveau institutionnel, puisqu’une convention d’occupation liait le Hanul à la mairie de Saint-Denis depuis 2003. Surtout, ses habitants avaient eu l’audace de conserver leur autonomie de fonctionnement, tout en établissant des liens riches avec des associations et des personnes du coin. Loin d’être un village retranché et coupé de la ville, le Hanul faisait partie de Saint-Denis [lire encadré].

 

    D’habitude, les expulsion sont motivées par des soi-disants projets de construction, ou par des plaintes de propriétaires de terrains. Rien de tout cela, officiellement, en ce qui concerne le Hanul (1.) On expulse pour expulser, pour intimider, pour marquer sa fermeté...vis à vis de populations démunies. Sans bien sûr aucune solution de relogement. Le tout dans une indifférence inquiétante : aucun membre, ni de Plaine Commune, ni de l’équipe municipale dyonisienne, n’a cru bon venir s’opposer, ou même assister à cette expulsion, dont la légalité est plus que douteuse. (2)

 

Se retrouvant à la rue, les familles ont défilé dans Saint-Denis, transportant les quelques affaires qu’elles avaient pu sauver des premiers coups de pelleteuse. Une véritable scène d’exode, comme on en voit de plus en plus en Seine-Saint-Denis, à chaque expulsion de campement rrom. Le cortège s’est rapidement transformé en manifestation, prenant la direction de la mairie, aux cris de « non aux expulsions !  », pour demander une réunion avec les élus. Pendant que les familles se sont progressive-ment installées sur le parvis de la Basilique, une délégation composée d’habitants du Hanul et de représentants des associations Parada, La Voix des Rroms, du NPA, du Mrap et du Réseau Solidarité Logement de Saint-Denis, a été reçue par les adjoints au maire David Proult et Florence Haye, et le directeur de cabinet du maire, Antoine Bussy. Les représentants ont exposé la situation aux élus : des dizaines de familles, avec pour certaines des nourrissons, se retrouvent privées d’habitats et exposées aux traques policières ; elles attendent un geste fort de la mairie, comme la réquisition d’un lieu d’hébergement collectif au moins pour la nuit, tel un gymnase.

 

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    Mais rien n’aboutira lors de cette réunion : la mairie refusera jusqu’à fournir quelques bouteilles d’eau aux familles. La municipalité se contentera de publier un communiqué (3) : selon elle, toute la responsabilité de la « prise en charge des familles en errance » repose sur l’Etat, lequel doit organiser « une table ronde régionale interministérielle, seule échelle pertinente pour les élus locaux de toute l’Île de France ». En résumé, on s’en remet au gouvernement de Sarkozy pour régler le problème des familles rroms réfugiées et démunies.

 

    Suite à l’échec de cette « rencontre » avec la mairie, les familles ont décidé d’occuper le parvis de la Basilique. Dans l’après-midi, un prêtre, et même l’évêque leur apporteront leur soutien. Pendant que la mairie demandera à la Préfecture l’expulsion du campement improvisé. « Nous avons ressenti ça comme une trahison  », expliquera plus tard le président de La Voix des Rroms, Saimir Mile, à propos de l’attitude d’une mairie « dont on attend toujours la preuve qu’elle est communiste   ». Il y a 7 ans, le maire de l’époque, Patrick Braouezec, était présent au campement pour fêter en grande pompe la signature de la convention d’occupation, certes poussée par la forte mobilisation du comité de soutien au Hanul. Aujourd’hui président de Plaine Commune, il n’a pas levé le petit doigt pour empêcher une expulsion qui ne règle aucun problème, bien au contraire. « Quand on sait que certains enfants du Hanul sont dans la même école que ceux du maire actuel Didier Paillard, on peut se demander au nom de quoi la mairie a décidé de nous traiter ainsi   », questionnera par ailleurs Saimir Mile. En tout cas, « si c’est une question de moyens, ce n’est pas un argument valable : en 2003, lors de l’officialisation du campement du Hanul, la situation était tout aussi merdique qu’aujourd’hui   », soulignera un membre de l’ancien comité de soutien.

 

    Un peu avant 22 heures, pas moins de 13 cars de CRS, 10 véhicules de police, et une bonne centaine de forces de l’ordre ont violemment procédé à l’évacuation de la centaine de personnes installée sur le parvis de la Basilique. Les familles Rroms ont juste eu le temps de fuir, pendant que les 24 personnes présentes en soutien ont été embarquées. Le tout devant des dyonisiens imperturbables, dont certains ont continué à se prélasser sur les terrasses des bars du parvis, tout juste incommodés de devoir déplacer leurs tables pour laisser passer les CRS. Les soutiens, interpellés pour participation à une manifestation non autorisée – ou plutôt pour avoir osé exprimer leur solidarité –, ont ensuite été emmenés au commissariat de Bobigny et relâchés vers 2h30 du matin. Le lendemain, comme une ultime manoeuvre d’intimidation, le président de La Voix des Rroms sera convoqué à la sureté territoriale de Bobigny. Pendant ce temps, les ex-habitants du Hanul fuyaient cette police qui a tenté de les traquer à plusieurs reprises. Dispersées en Seine-Saint-Denis, sur des terre-pleins, sur des morceaux de terrains, dans des abris de fortune, les familles ne pouvaient rester à un endroit plus de 6 heures sans se faire chasser par les flics. Certaines auraient fuit en Roumanie.

 

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    Lors d’une soirée de soutien organisée le 14 juillet par le GIB  4 à Saint-Denis, dans locaux du « 6B », Saimir Mile a rappelé une dure réalité historique : « cela fait 600 ans qu’on essaie d’exterminer les Rroms. [...] Mais nous sommes toujours là !   , a-t-il poursuivi, et nous resterons debout quoi qu’il arrive, contre les CRS, même contre l’armée s’il le faut, comme nous l’avons fait dans les années 40, grâce à cette force que nous puisons dans notre musique et notre culture.  » La centaine de personnes venue assister à cette soirée de soutien ont pu le vérifier en appréciant les spectacles musicaux, préparés entre autres, par les enfants du Hanul et les artistes du chapiteau Raj’Ganawak à Saint-Denis. La destruction du campement n’arrêtera pas « l’insurrection permanente des Rroms   », a assuré Saimir Mile. Ce dernier a également profité de cette soirée pour interpeller les personnes qui ne se sentiraient pas directement concernées par ces expulsions à répétition de familles Rroms : « le problème du logement concerne tout le monde : de plus en plus de gens ont du mal à payer leur loyer et viennent habiter dans ces campements de fortune. Nous ne sommes que des cobayes : rappelez vous qu’en 1940, on a testé le gaz Ziklon B sur des enfants Rroms avant de l’utiliser dans les camps de la mort...  »

 

Texte : Sayaz

Photos : Sophie Garcia

 

(1.) La communauté d’agglomérations Plaine Commune aurait un projet d’aménagement mais rien n’est défini à ce jour. Aux côtés de la Direction Interdépartementale des routes d’Île de France, propriétaire d’une partie du terrain du Hanul, Plaine Commune aurait toutefois demandé à la Préfecture l’accélération de l’ordre d’expulsion du campement.

 

(2.) Les habitants du Hanul n’ont reçu aucune notification de décision judiciaire. Lors de l’expulsion, personne n’a pu voir clairement la déclaration de l’huissier. Un recours a été déposé. L’audience s’est tenue au TGI de Bobigny le lundi 19 juillet. L’affaire sera mise en délibéré le 13 septembre prochain.

 

(3.) Communiqué de presse en entier sur le site du Journal de Saint-Denis : www.lejsd.com

 

(4.) Le Groupe Intervention Bidonvilles s’est constitué peu après l’expulsion du Hanul. Il regroupe plusieurs associations et organisations locales.

 

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[encadré:]Un quartier plein de vie

Campement de fortune sans aucun équipement ni reconnaissance administrative au début, le Hanul bénéficiait depuis 2003 d’une convention d’occupation, offrant une certaine sécurité d’existence aux dizaines de familles installées. La mobilisation des premiers Rroms du Hanul et de citoyens solidaires avait alors poussé la mairie de Saint-Denis à reconnaître le campement et à signer cette convention. Chacun y avait son adresse postale ; le droit à la scolarisation des enfants était assuré. Les habitants avaient accès à l’eau, à l’électricité, aux services de santé de la ville. Construits pour bonne partie en dessous des arches du pont de la Révolte, les baraquements étaient plus solides que dans certains autres campements, et les gens y vivaient relativement bien. Avec le soutien de plusieurs associations, de nombreux projets ont pu être mis en oeuvre : les membres de Nomad’s Land ont ainsi aidé à la réalisation d’un jardin, et l’association Aoa, formée par des étudiants en école d’architecture, a mis en place avec les habitants des toilettes sèches dans le campement. Ces étudiants ont également aidé à la transformation d’une installation modulaire en ludothèque. Quant aux membres de l’association Parada, présente quotidiennement depuis les débuts du Hanul, elle se chargeait d’assurer le droit à la scolarisation pour les enfants, de proposer des aides aux devoirs et des activités comme le cirque, la danse, ou la photo. Depuis 2003, 28 enfants sont nés et ont grandi au Hanul

Publié dans Logement - Ville

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